Fier (verbe, adjectif)


1ère définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

II.
(se conjugue comme Crier ). XI e siècle. Issu, par l'intermédiaire du latin populaire *fidare, « con », du latin classique fidere, « avoir confiance ».
1. V. tr. Très vieilli. Remettre à la fidélité de quelqu'un ; confier. Fier son bien, son honneur à un proche. Fier un secret à un ami.
2. V. pron. Se à, mettre sa confiance en, s'en remettre à. Fiez-vous à moi. Fiez-vous-en à moi. Ne vous fiez pas aux flatteurs. Vous pouvez vous à lui du soin de vos affaires. On ne sait plus à qui se . Class. Se en, se sur, s'en rapporter à, compter sur. Par ext. Je me fie à votre discrétion. Ne vous fiez pas trop à votre mémoire, à votre facilité. Ne pas se aux apparences. À votre place, je ne m'y ais pas. Bien fou qui s'y fie ! Par antiphrase. Fiez-vous à cela, n'y comptez pas. Fiez-vous à ses belles promesses !


2ème définition de l'Académie française (éd. 1986)

Adjectif 

I. (r ,
XI e siècle. Issu du latin ferus, « sauvage ».
1. Class. En parlant d'un animal. Sauvage, farouche. Un taureau . . Difficile à approcher ou à apprivoiser. Un faucon .

Lion , à la crinière hérissée
Par anal. Se dit d'un marbre, d'une pierre que sa grande dureté rend difficile à travailler.
2. Litt. Audacieux, intrépide, qui méprise les périls. De s combattants. Un coursier. Par méton. Un œil, un regard . Une fière contenance. Expr. fam. Par litote. Ne pas être , être inquiet ou avoir peur.
3. Qui a un vif sentiment de sa qualité, de sa dignité, de son honneur. Un gentilhomme. Une âme fière, un caractère . Il est trop pour solliciter de l'aide. Par méton. Des paroles dignes et fières. Une attitude noble et fière. Avoir fière allure, un maintien noble et digne, de l'élégance, de la prestance.
4. Qui affecte un air hautain, méprisant ; qui est imbu de sa personne. Un homme et distant. Cette femme est trop fière. Il se montre avec nous, envers nous, à notre égard. Expr. Être comme Artaban, par allusion à un personnage d'un roman de La Calprenède, être exagérément content de soi et vaniteux. Fier comme un paon, comme un coq. Fam. Il n'est pas , il est d'un abord simple et facile, ne manifeste aucun mépris aux personnes d'un rang moins élevé. Subst. Faire le , la fière. Par méton. Qui exprime l'arrogance, la prétention, la hauteur. Arborer une mine fière. Parler d'un ton et suffisant. Une réponse fière et hardie.
5. Être , se montrer de quelqu'un ou de quelque chose, en tirer une vive satisfaction d'amour-propre, en concevoir du contentement, ou même de la vanité. Être de ses enfants, de ses succès, de ses richesses. Il se montre de sa naissance. Il est tout de cette réussite, d'avoir réussi. Il n'est pas peu de lui. Expr. Ne pas être de soi, avoir honte ou se sentir penaud après une faute, un échec. Il n'y a pas de quoi être , pas matière à se vanter, rien dont on puisse tirer vanité.
6. Fam. Toujours placé avant le nom. Grand, fort, remarquable. Il m'a rendu un service. Il a montré un courage. Avoir un toupet. Expr. Je lui dois une fière chandelle, une grande reconnaissance . Iron. C'est un imbécile, une fière canaille.


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Remettre à la fidélité de quelqu'un. "Fier son bien. Fier sa vie. Fier son honneur à son ami."
SE FIER À, ou EN, ou SUR signifie Mettre sa confiance en quelqu'un ou en quelque chose; compter, faire fond sur quelqu'un ou sur quelque chose. "Se aveuglément à quelqu'un. On ne sait plus à qui se . Je me fie à votre discrétion. Je ne m'y fie pas. Fiez- vous à lui du soin de vos affaires. Fiez-vous-en à moi. Je ne m'en fie qu'à mes propres yeux. Se à la fortune, à son crédit. Il se fie trop sur l'avenir. Se trop sur ses propres forces."
Ironiq., "Fiez-vous-y, fiez-vous à cela," On ne doit pas compter là-dessus. "Oui, oui, fiez-vous à ces belles promesses." On dit dans le même sens "Bien fou qui s'y fie."



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Adjectif 

(L'R se prononce.) Qui affecte un air hautain, méprisant. "C'est un homme . Une femme très fière. Depuis" "qu'il est arrivé à cette situation, il se montre ridiculement ." Fig., "Être comme Artaban, comme un paon."
Il signifie aussi Qui a un sentiment vif de sa dignité. "Âme fière. Caractère ."
"Être , se tenir, se montrer de quelqu'un, de quelque chose," En concevoir, en montrer de l'orgueil, en tirer vanité. "Elle est fière de sa fille. Il se montre de ses amis, de ses richesses. Il est tout d'avoir réussi."
Il signifie quelquefois, surtout dans le style élevé, Qui est audacieux, intrépide, qui méprise les périls. "De s combattants. Courage . De s coursiers." En ce sens il vieillit.
Il se dit encore, dans les divers sens qui précèdent, de la Contenance, du ton, des actions, des discours. "Attitude fière. Ton et menaçant. Mine fière. OEil, regard . De s mépris. Une réponse fière et hardie."
Il signifie familièrement Qui est grand, fort, remarquable en son genre. "C'est une fière imprudence, une fière étourderie. Il faut avoir un courage pour cela." Ironiquement, "Voilà un marcheur, il ne peut faire une lieue sans être fatigué. C'est un imbécile."
Il signifiait aussi autrefois Sauvage, farouche, en parlant des Bêtes. Il n'a plus ce sens qu'en termes de Chasse. "Perdrix fière," Qui ne se laisse guère approcher.
En termes de Blason, "Lion ," Lion à la crinière hérissée.



1ère définition d'Emile Littré




 1   Commettre à la foi de quelqu'un. Je lui ais tout ce que j'ai au monde.
CORN.: « Ciel ! à qui voulez-vous désormais que je fie Les secrets de mon âme et le soin de ma vie ? »
SCARR.: « Je vous fie son salut en toute assurance »
    Fig.
CORN.: « Cher prince, dont je n'ose en mes plus doux souhaits Fier encor le nom aux murs de ce palais »

 2   Se , v. réfl. Mettre sa confiance.
ROTR.: « Souvent qui trop se fie aussi trop se hasarde »
    Se à quelqu'un ou à quelque chose, s'assurer sur quelqu'un ou sur quelque chose.
MOL.: « Le plus sûr est, ma foi, de se à nous »
SÉV.: « Il me semble qu'on peut se à vos paroles »
SÉV.: « Je jurai de ne me plus aux physionomies »
BOSSUET: « Osée, roi d'Israël, s'était fié au secours de Sabacon »
RAC.: « Quoi ! Narcisse, tandis qu'il n'est point de Romaine.... Qui, dès qu'à ses regards elle ose se , Sur le coeur de César ne les vienne essayer »
RAC.: « Vous fiez-vous encore à de si faibles armes ? »
    Ne pas se à ses oreilles, ne pas croire ce qu'on entend.
CORN.: « À peine je me fie encore à mes oreilles »
    Ne pas se à ses yeux, ne pas croire ce qu'on voit.
    Se à quelqu'un de quelque chose, avoir confiance en quelqu'un pour cette chose.
BALZ.: « Il y a d'autres esprits d'une plus haute élévation, à qui il [le prince] peut se de plus importants emplois et donner une plus noble part en ses desseins »
RÉGNIER: « Personne À qui de mon secret je m'osasse »
VAUGELAS: « Harpalus à qui le roi s'était fié de la garde des trésors »
CORN.: « Seigneur, voulez-vous bien vous en à moi ? »
BOSSUET: « S'ils voulaient se à la compagnie [au sénat de Rome] de la réparation »
RAC.: « Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice »
SAINT-SIMON: « Ce n'eût pas été au comte de Melford qu'on se fût fié d'un dessein de cette importance »
    Se en, mettre sa confiance.
VOIT.: « Ma volonté ne se fie pas en ma mémoire des choses de cette importance-là, et elle me représente à toute heure que j'ai cela à faire, jusqu'à ce qu'il soit fait »
DESC.: « Qu'ils [les lecteurs] repassent si longtemps et si souvent cette considération [l'incertitude des sens] en leur esprit, qu'enfin ils acquièrent l'habitude de ne plus se si fort en leurs sens »
SÉV.: « Je vous manderai toujours sincèrement comme je suis ; fiez-vous en moi »
    Se sur, compter sur.
PERROT D'ABLANCOURT: « Il se fiait assez sur la modération de ce prince et sur sa propre grandeur pour ne rien craindre de sa part »
RAC.: « Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se a »
RAC.: « Et lorsque avec frayeur je parais à vos yeux, Que sur mon innocence à peine je me fie »
RAC.: « Sur l'avenir insensé qui se fie »
VOLT.: « Je sais vous estimer autant que je vous aime, Et sur votre vertu me à vous-même »
    Se de quelqu'un, compter sur lui (tournure qui a vieilli).
P. L. COUR.: « Aspathine et Gobrias, les premiers des Perses et de qui plus il se fiait [Otanès] »
     Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 556, dans POUGENS: On ne dit plus aujourd'hui celui dont ou duquel je me fie, ni la personne de laquelle je me fie, il faut dire : celui en qui ou à qui je me fie
    Fiez-vous-y, se dit par antiphrase pour avertir quelqu'un de ne pas se à une personne ou à une chose.
MARIVAUX: « Oui, fiez-vous-y, à cette physionomie si prévenante, qui disparaît un quart d'heure après, pour faire place à un visage sombre »
    Fig. Nage toujours et ne t'y fie pas, se dit pour faire entendre qu'il faut s'aider soi-même, sans trop compter sur autrui.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XLIII: Et Olivier en qui il tant se fiet
    XIIème siècle
     ronc. p. 31: Fiez la moi
QUESNES: « Dame, fait-il, ce vous puet moult grever, Que [vous] vous fiés en vostre seigneurage »
    XIIIème siècle
LE COMTE D'ANJOU: « Tant je me fie à sa grant loiauté, Jà pour autre [elle] ne me devra guerpir »
     la Rose, 7689: Car trop en sa biauté se fie Qui atent que fame le prie
    XVème siècle
FROISS.: « Les compaignons de qui il se fioit le plus »
EUSTACHE DESCHAMPS: « Mais jà pour ce trop ne vous y fiez ; C'est tout neant des choses de ce monde »
ID.: « ... tel court est ; foulz s'i fie ; ... C'est la destruction D'ame et de corps ; adieu, court, je te lesse »
COMM.: « Je laisse faire à mon conseil, je me fie en eulx »
COMM.: « Pour ce que de tous points ne se fyoit point de ses gens d'armes »
    XVIème siècle
MONT.: « Je me fie ayséement à la foy d'aultruy »
MONT.: « Fier une chose à quelqu'un »
MONT.: « Je me feusse plus volontiers fié à luy de moy, qu'à moy »
MONT.: « Le duc se fiant [comptant] qu'on n'auroit pas touché à sa bouteille »
MONT.: « Et duquel il s'estoit toujours fié »
GÉNIN: « En trop se a danger »
LEROUX DE LINCY: « Qui ne se fie n'est pas trompé »
COTGRAVE: « De qui je me fie, Dieu me garde »
FRANÇOIS I: « Souvent femme varie, Est bien fou qui s'y fie »
MARIE STUART: « La nef qui disjoint nos amours N'aura de moi que la moitié ; Une part te reste, elle est tienne ; Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. fiar, fizar ; espagn. et portug fiar ; ital. fidare ; verbe roman formé du latin fidus, qui se fie (voy. FOI).


2ème définition d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Sauvage, farouche. Usité seulement en termes de chasse. Perdrix fières, celles dont il n'est pas facile d'approcher.
    En termes de blason, se dit d'un lion qui a le poil hérissé.
    Fig. Il se dit, en termes de sculpture, d'une pierre dure, difficile à tailler, sujette à éclater. Une pierre fière. Un marbre .

 2   Violent, qui a l'audace, l'intrépidité d'une bête farouche. De s coursiers.
BOSSUET: « Combien reçut-il d'avis secrets que sa vie n'était pas en sûreté ! et il connaissait, dans le parti, de ces s courages dont la force malheureuse et l'esprit extrême ose tout et sait trouver des exécuteurs »
RAC.: « Quelque qu'il puisse être, il n'est pas invincible »
RAC.: « Attaquons dans leurs murs ces conquérants si s »
RAC.: « Et le seul nom de Rome étonne les plus s »
SÉGUR: « À la fois et rusé, Kutusof savait préparer avec lenteur une guerre tout à coup impétueuse »
SÉGUR: « Si le reste [de l'armée russe] se retirait en si bon ordre, et si peu découragé, qu'importait le gain d'un champ de bataille ? »
    Fig.
RAC.: « Brisa les s remparts et les portes d'airain »

 3   En un sens particulier, qui a un orgueil se montrant dans la contenance, dans les manières.
LA FONT.: « La belle était pour les gens s »
LA FONT.: « Certaine fille un peu trop fière Prétendait trouver un mari.... »
RAC.: « Est-ce là, dira-t-il, cette fière Hermione ? »
RAC.: « Le Assuérus couronne sa captive »
BUFF.: « L'état le plus libre de la nature [le royaume de l'air] a donc aussi ses tyrans [les aigles], et malheureusement c'est à eux seuls qu'appartient cette suprême liberté dont ils abusent, et cette indépendance absolue qui les rend les plus s de tous les animaux »
    Molière a dit à quelqu'un, pour signi : montrant de la té à l'égard de quelqu'un. Oh ! qu'elles nous sont bien fières par notre faute ! Dép. am. IV, 2.
    Être comme un Écossais, avoir beaucoup d'orgueil, les Écossais qui jadis étaient souvent au service de nos rois, passant pour être très orgueilleux.
VOLT.: « Ramsay lui répondit qu'on pouvait se rencontrer, et qu'il n'était pas étonnant qu'il pensât comme Fénelon, et qu'il s'exprimât comme Bossuet ; cela s'appelle être comme un Écossais »
    On dit aussi : comme Artaban, du nom d'un héros de roman ; et comme un gueux.
    Terme de manége. Se dit du cheval pour exprimer qu'il se redresse vivement à la moindre parole qu'on lui adresse.
    Il se dit de la conduite, de la contenance, du ton, des actions, des discours, etc. Une attitude, une démarche fière. Une mine fière.
RAC.: « Mon coeur, d'un mépris armé contre leurs traits »
MASS.: « Cet air et censeur qui juge de tout »
MASS.: « Tout ce que vous vous êtes permis.... de légers mépris, de s refroidissements contre votre frère »

 4   Qui s'enorgueillit de. Il est de cette préférence. Elle est fière de sa fille. Il se tient de ses richesses. Il est tout d'avoir réussi.
LA FONT.: « Ses amours qu'un rival tout de sa défaite Possédait à ses yeux »
BOILEAU: « En vain, tout d'un sang que vous déshonorez »
RAC.: « S'il fuit, ne doutez point que, s de sa disgrâce, à la haine bientôt ils ne joignent l'audace »

 5   Qui a des sentiments nobles, élevés.
VOLT.: « Les nuances sont si délicates, qu'esprit est un blâme, âme fière est une louange ; c'est que par esprit on entend un homme qui pense avantageusement de soi-même, et par âme fière on entend des sentiments élevés »
VOLT.: « Mais elle est trop fière ; dites-lui que cela n'est pas bien d'être fière »
SÉGUR: « L'empereur et la grande armée gardaient l'un envers l'autre un triste et noble silence ; on était à la fois trop pour se plaindre et trop expérimenté pour n'en pas sentir l'inutilité »

 6   Terme de peinture. Touche fière, touche vigoureuse et hardie.
    On dit aussi : ciseau.

 7   Dans le langage familier, grand, remarquable. Voilà une fière étourderie.
BEAUMARCH.: « À moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus insolent.... »
BEAUMARCH.: « Tout ça pourtant m'a coûté un baiser sur la joue »
PICARD: « Savez-vous que cet homme-là vient recueillir ici un héritage ? »
    Ironiquement. Voilà un marcheur, il se lasse tout de suite. Cinq mille hommes, voilà une fière armée !
    Le passage au sens populaire de grand, fort, s'est fait par le sens de farouche, violent, méchant, comme dans ce vers :
RÉGNIER: « Mon mal.... pour un temps retenu.... est plus revenu Cette acception est ancienne, on peut le voir à l'historique. »

 8   Substantivement. Faire le , se montrer , orgueilleux.
HAMILT.: « Il fit le et ne s'en trouva pas bien »
DANCOURT: « Il ne faut point que vous fassiez tant la fière »
    Se tenir sur son , garder sa té, ne pas condescendre.
SAINT-SIMON: « M. le prince se mit à rechercher Rose, qui se tint longtemps sur son »
PELLISSON: « Fiers de Neufchâtel, bons barons de Beaufremont, nobles de Vienne, preux de Vergy, riches de Châlons [c'étaient les surnoms des cinq principales maisons de Franche-Comté] »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. III: Mandez [à] Carlon al orgulluz, al
     ib. LXX: Moult [il] se fait de ses armes porter
     ib. LXXXVI: Plus se fait que lion ne leupart
    XIIème siècle
     Ronc. p. 40: [Il] dist à son oncle par moult e raison
     ib. p. 160: Moult [considérable] doaire [il] lui a fait otrier
     ib. p. 173: Dex ! qui vous sert, fer gueredon atent
     ib. p. 200: Icestui [jugement] ferons nous, se n'en trouvons plus [cruel]
     Sax. XVII: Bien savons de Herupe [sur les Herupois] qu'onques treü [tribut] [il] n'en ot ; Fier en sont et felon
     Raoul de C. 253: Là veïssiés un abateïs ; Il n'a el monde paien ne sarrasin, S'il les veïst, cui pitié n'en prisist
     Th. le mart. 65: De Joseph lui souvint cui si altre noef frere Vendirent pur deniers et disrent à lur pere Que devorez estoit d'icele beste fere
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Ensi dura li assaus mout durs et mout s jusques vers l'eure de none, en plus de cent lius »
     Berte, XL: Car moult [elle] doutoit la bise, qui ert [était] tranchans et e
     la Rose, 2448: Si te dirai e merveille
     ib. 580: Et si li demandai comment Ele avoit non, et qui ele iere ; El ne fu pas envers moi e, Ne de respondre desdaigneuse
     Partonop. ms. f° 141, dans LACURNE: Perte d'avoir est moult legiere ; Mais perte d'amis est trop e
    XVème siècle
FROISS.: « Et conquirent si et si grant avoir, que merveilles seroit à penser et à nombrer »
     Perceforest, t. III, f° 135: Les faits d'amours ne sont point egaulx ; car souvent il y a du doulx et de l'amer ; tel cuyde avoir bonnes nouvelles, qui les a es et mal agreables

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. fer ; espagn. o ; portug. fero ; ital. o ; du lat. ferus, farouche.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 3. FIER, ÈRE.

 6   Ajoutez :
    Il se dit aussi des artistes eux-mêmes, peintres ou sculpteurs.
P. J. MARIETTE: « Si l'un [Raphaël] est dans son dessin d'une sagesse et d'une simplicité qui gagne le coeur, l'autre [Michel-Ange] est , et montre un fond de science où Raphaël lui-même n'a pas ou honte de puiser »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Commettre à la fidélité de quelqu'un. "Fier son bien. Fier sa vie. Fier son honneur à son ami. Je lui ais tout ce que j'ai au monde." Dans ce sens, il vieillit.
Il s'emploie plus ordinairement avec le pronom personnel, et signifie, Mettre sa confiance en quelqu'un ou en quelque chose; compter, faire fond sur quelqu'un ou sur quelque chose. "Se à quelqu'un, en quelqu'un. Il se fie à tout le monde. On ne sait plus à qui se . Je ne me fie qu'à vous, qu'en vous. Se aux discours de quelqu'un. Je me fie à votre discrétion. Vous pouvez vous y . Fiez-vous-y. Je ne m'y fie pas. Je me ais de toute chose à lui. Je ne m'y fie que de la bonne sorte. Fiez-vous à lui du soin de vos affaires. Fiez-vous-en à moi. Je ne m'en fie qu'à mes propres yeux. Ne vous fiez point en de si faibles ressources. Je me fie en vos talents. Se à la fortune, à son crédit. Il se fie trop sur l'avenir. Se trop à soi-même. Se trop en ses propres forces. Je ne voudrais pas me à ce bateau qui ne vaut plus rien, à cette planche qui n'est pas solide."
Ironiq., "Fiez-vous-y, fiez-vous à cela," On ne doit pas se à cela. "Oui, oui, fiez-vous à ces belles promesses." On dit proverbialement, dans le même sens, "Bien fou qui s'y fie."
Prov. et fig., "Nage toujours, et ne t'y fie pas," se dit Pour faire entendre qu'il faut s'aider soi-même, sans trop compter sur autrui.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Adjectif 


(L'R se prononce fortement, et rend l'E ouvert.) Hautain, altier, superbe, arrogant. "C'est un homme . Une femme très-fière. La noblesse de ce pays est extrêmement fière. Une beauté fière." Prov., "Être comme un Écossais."
Fam., "Faire le ," Affecter de la té, témoigner de la té. Dans cette phrase, "Fier" est pris substantivement.
"Être , se tenir, se montrer de quelqu'un, de quelque chose," En concevoir, en montrer de l'orgueil, en tirer vanité. "Elle est fière de sa fille. Il se tient de ses amis, de ses richesses, de son crédit. Il est tout d'avoir réussi."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie souvent, en bonne part, Qui a des sentiments nobles, élevés, qui n'est point disposé à souffrir le mépris, les humiliations, etc. "Âme fière. Caractère . Humeur fière. Esprit . Coeur ."
Il signifie quelquefois, surtout dans le style élevé, Audacieux, intrépide, qui méprise les périls. "Les plus s et les plus habiles généraux. Courage . De s coursiers."
Il se dit encore, dans les divers sens qui précèdent, De la contenance, du ton, des actions, des discours, etc. "Attitude fière. Ton et menaçant. Démarche noble et fière. Mine fière. OEil, regard . De s mépris. Une réponse fière et hardie."
En Peinture, "Touche fière," Touche vigoureuse et hardie.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit populairement pour Grand, fort, remarquable en son genre. "Fière alerte. Fier orage. Fier coup de tonnerre. Il a reçu un coup à la tête. C'est une fière imprudence, une fière étourderie. Il faut avoir un courage pour cela. C'est un homme." Ironiquement: "Voilà un marcheur, il ne peut faire une lieue sans être fatigué. Cinq mille hommes, voilà une fière armée."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Blason, se dit D'un lion hérissé.



1ère définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Fi-é": 2e"é" fer. Devant l'"e" muet, l'"i" est long, il "fie": au futur et au conditionel, l'"e" muet ne se fait pas sentir, il "fiera", "fierait"; pron. "fira", "firè".] Comettre à la fidélité "de".. Il a pour 2d. régime, le datif. 'Je "lui ais" tout mon bien. = Il se dit plus souvent au réciproque: "Se ". Il a plusieurs régimes. 1°. Le datif: on ne sait "à" qui "se ". 2°. La prép. "sur": 'Il "se fie sur" son mérite. 3°. La prép. "en"; je "me fie en" vous. Enfin, suivant "Vaugelas", il régit quelquefois l'ablatif. 'C'est celui "dont" il croyait devoir le plus "se ".
- Je crois que ce régime n'est pas de l'usage actuel. On dit, "se dé de", et "se à" ou "en" quelqu'un: le premier est le plus sûr. Cependant avec "à" ou "sur", l'ablatif est fort bon. 'Il ne "se fie de" son salut qu'"à" son courage. Il étoit porté à "se " plutôt "du" succès de ses prétentions "sur" le tems et la politique, que "sur" des moyens sanguinaires. "Hist. d'Angl." = En style proverbial, pour dire, ne vous y fiez pas, on dit: "fiez-vous-y;fiez-vous à cela;" bien "fou qui s'y fie".



2ème définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


IèRE, adj. ["Fiêr", monos. "ê" ouv. "fiè-re": 1re "è" moyen et long; 2e "e" muet.] 1°. Hautain, altier, audacieux. Il se dit des "persones" et des chôses qui y ont raport. 'Homme "fier" et hautain. 'Femme "fière" et impérieûse.
- Courage "fier". Esprit "fier". Beauté "fière", ou "fière" beauté. Mine "fière". '"Fier de" son mérite, "de" ses richesses, "de" ses avantages.
   "Rem." "Fier", dans sa signification ordinaire, se prend en mauvaise part, et dénote l'orgueuil et la hauteur. Quelquefois pourtant il a un beau sens, un sens fin et délicat. 'La vertu est "fière" sans orgueuil, quand on la sollicite, ou qu'on la calomnie. Mais quand on veut louer, on ne doit pas le dire tout seul. "Bossuet", dans une de ses Oraisons Funèbres, parle de la riche et "fière" maison de Bourgogne. Je ne crois pas qu'on doive l'imiter en cela. {B243b~}
   "Fier" aime à précéder, mais sans choquer l'oreille.
   Au dixième croissant de la Lune nouvelle,
   On peut du "fier" taureau dompter le front rebelle.       De Lille.
  Vous auriez à rougir, si vos "fiers" ravisseurs,
  Voyant Alzonde en vous, voyoient tous vos malheurs.     Gresset.
  Chaste paix, c'est ainsi que le maitre du monde
  Du " Mars" et de toi sait distinguer le prix.
       Rousseau.
Ce " Mars" est fort dur. 'Ce " peuple" ne se seroit pas contenté d'une subsistance si incertaine. "Hist. d'Angl."
- "Fier peuple" et "peuple " choquent également l' oreille. Il faut dire alors, "ce peuple si ", ou bien, "ce peuple et courageux", etc.
- L'Abé "Velly" dit: "ces s Princes": l'inversion est dûre. Je dirais, "ces Princes si s", "etc."
   "Fier" régit élégamment la prép. "de". 'Voilà cette superbe Babylone, si "fière du" contour immense de ses vastes remparts et "des" tours qui la défendent. L'Abé "Massieu".
   Personages frivoles,
   "Fiers d'avoir" peut-étre eu le coeur de quelques folles.      La Chaussée.




Emplacement dans le dictionnaire :

fiduciaire
fiducie
fief
fieffant
fieffé
fiel
fielleux
fiente
fienter

fier-à-bras
fièrement
fierliage
fierté
fiestaux
fieux
fièvre
fiévreusement
fiévreux
fiévrotte
fifote




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...sous la brise bénigne balancer doucement le ciel et ses rayons. Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d'orage, lorsqu'à votre unisson lamentent les corbeaux, lorsque passe l'éclair sur votre fier visage, chênes que vous devez être encore plus beaux ! 2e LIVRE (VII) Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles et le vulgaire ennui de l'affreuse cité, me reconnaître enfin, dans les bois,...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...je sens que sur ma lèvre erre encore un sourire, tant mon âme s'absorbe en son dieu sans effort. 6e LIVRE (X) Va-t-on songer à l'automne, à l'aquilon détesté, quand la lumière environne la vie et le fier été ! De l'arbre au profond feuillage, des parterres du jardin, la brise tire un langage d'allégresse et de dédain. Vous qui passez sur la route, saouls de la sève des bois, chantez, riez ! Moi...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...favorise ma plaintive chanson qu'emporte au loin la brise, et fais que mes soupirs, de l'écho répétés, étonnent la frayeur des antres redoutés. ÉNONE... VIS., VIII, FIER PRINT. Fier printemps fier printemps ravisseur, que tu m'as abusé, et quel faux semblant tu as mon coeur brisé ! L'hirondelle à présent sur la mer s'est enfuie, le cri de l'échassier nous ramène la pluie ; le prudent...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...et, à demi-voix, après un coup d'oeil instinctif pour s'assurer qu'il était seul, il se disait, avec une espèce de rire moqueur, d'odieuses injures de matelot. Maintenant il était debout avec un air fier et méchant. Déserter ! ... si quelque navire pouvait l'emmener tout de suite ! ... cela devait se trouver sur les quais ; justement il y en avait beaucoup ce jour-là. Oh ! Oui ! à n'importe quel...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...sentant combien ils auraient été incapables de me suivre dans certaines envolées de mon imagination. Avec les petits paysans des montagnes ou les petits pêcheurs de l'île je n'avais jamais été fier ; nous nous entendions par des côtés communs de simplicité un peu primitive et d'extrême enfantillage ; à l'occasion, j'avais joué avec eux comme avec des égaux. Tandis que j'étais fier avec ces...


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